"Jean Tardieu ,

Un passant, un passeur,"

 

100 pages, 80F, ISBN 2-87744-376-0

Editions La Bartavelle,

 

Extrait à lire
Revue de presse
 

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Entretien Jean Tardieu

à Meillonas (01) en 1991 avec Christian Cottet-Emard.

"La lisibilité de la poésie est-elle

un problème contemporain ?"

 

"On est venu chercher Monsieur Jean"..

article publié dans la Quinzaine littéraire n°664 le 16 février 1995

Dans le présent essai qu'il consacre à l'auteur du "Fleuve caché", Christian Cottet-Emard propose un portrait du poète sur la base d'une approche simple et concrète en situant les rapports entre l'homme, l'oeuvre et sa région natale, le pays des "Fleuves cachés".

Après ses rencontres avec Jean Tardieu, Christian Cottet-Emard a réuni documents inédits et photographies qu'il a pour la plupart lui-même réalisées dans ce livre en forme d'hommage à l'un de nos grands poètes disparu le 27 janvier 1995.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"On est venu chercher Monsieur Jean"

article publié dans la Quinzaine littéraire n°664 le 16 février 1995

 

Notre ami Jean Tardieu nous a quittés le 27 janvier. Nous ne l'oublierons pas.

Maurice Nadeau

 

"La plupart des gens ne voient pas le temps qui, plus encore que l'air, est leur élément naturel", écrit Jean Tardieu dans La Part de l'ombre.

Le temps, Jean Tardieu en a traversé les épaisseurs et les ténèbres mais aussi les transparences et les éclaircies.

"On a dit que j'avais longé les transformations poétiques et politiques de ce siècle sans m'y mêler tout à fait. Mon grand défaut, c'est de n'avoir pas été "engagé". Mais je n'ai pas été dégagé non plus !", déclare-t-il dans un entretien accordé en 1991 à la revue Le Croquant (1), lors d'une visite dans l'Ain à Meillonnas dans la maison qu'habita Roger Vailland.

Le temps, Jean Tardieu l'a parcouru dans tous les sens. Au gré de ses retours sur les lieux d'enfance, il l'a souvent remonté à contre-courant, en compagnie de son double tragique, "l'enfant resté au bord de la route": "un enfant qui serait aussi un vieillard, un vieillard qui serait aussi un enfant !" confie-t-il avec une ironie mélancolique.

Suivons Jean Tardieu dans ce temps d'où il tente d'extraire des bribes de sens que les personnages de son théâtre restituent parfois par des bégaiements ou des cris de désarroi.

L'humour, souvent noir, qui s'exprime ainsi donne encore lieu aujourd'hui à un malentendu à propos de son œuvre.

"Un humour dans lequel on a voulu m'enfermer" souligne-t-il en ajoutant : "L'humour permet d'exprimer une drôlerie alliée à l'étrangeté même terrifiante. C'est ce que Breton a fait : le surréalisme réunit les deux."

En une phrase, Jean Tardieu vient de nous montrer quel sillon il creuse.

"Je prends un bain de temps", lance un personnage de son poème "L'animal du temps".

S'agit-il d'autre chose lors de cette pluvieuse matinée de juillet 1988, lorsque Jean Tardieu pousse la grille de sa maison natale à Saint-Germain-de-Joux, dans l'Ain ?

Avec Marie-Laure, son épouse depuis 1932, le vieux monsieur entre dans une bulle de temps intacte. Dans la demeure construite en 1715, les livres sont encore là. Jean Tardieu en ouvre un pour son ami l'écrivain Marcel Bisiaux. Une sorte de lanterne magique pose sur la scène son gros œil de cyclope. Le temps suspendu de la maison aspire les visiteurs. Dans une chambre, Jean Tardieu se saisit d'un petit sablier qu'il tourne et retourne dans ses mains. Devant ce vieux monsieur qu'on voudrait éternel, comment ne pas penser : "combien de temps encore, où, quand ?" Hélas, nous le savons maintenant, vendredi 27 janvier à Créteil, on est venu chercher monsieur Jean.

Dehors, sous le ciel bas, Jean Tardieu et le petit cortège d'amis et de journalistes quittent la maison. Quelque part, une voix murmure un poème : "La fenêtre ou les noms de mon pays" et un texte en prose : "Mon pays des fleuves cachés".

Il y a très longtemps, en 1933, un jeune homme nommé Jean Tardieu publie une plaquette de poèmes intitulée "Le fleuve caché". En ce jour de juillet 1988, tout près de la maison, dans l'ombre des forêts d'épicéas, grossi par les lourdes pluies d'été, gronde le torrent La Semine, affluent de la rivière Valserine. Leurs eaux rejoignent celle du Rhône.

Mais avant, selon un phénomène propre à cette région, elles disparaissent parfois brusquement sous les roches de leur lit pour ressortir un peu plus loin au grand jour.

L'eau et la poésie suivent des chemins bien proches...

 

CHRISTIAN COTTET-EMARD

 

1.Le Croquant n°10 (automne-hiver 1991) 38 cours de Verdun 69002 Lyon, a consacré au poète un dossier avec des textes inédits

 

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